Histoire du village


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MANEGLISE tient son nom de la traduction latine « Magna Ecclesia » (grande église). Les différentes écritures en vieux français ont parfois déformé le nom de la paroisse/commune en magneglise, magneglisa, ou encore magniglise. Il faut également savoir que la commune portant deux noms successifs pendant la révolution. D’abord « Saint-Germain des Costes » en référence au saint patron de la paroisse et au dénivelé important entre les différents hameaux du village. Puis, « la montagne », moins religieux dans un contexte où le curé Jean-Baptiste Lechevallier était jugé rebelle par les révolutionnaires et où le nouveau nom restera inspiré par les différences topographiques de la vallée.

Des éléments de voies romaines en différents points de la commune attestent de l’existence d’un village dans l’axe de la route Harfleur-Fécamp dès la fin de l’Antiquité (500).

Vers 900, le territoire de la « Paroisse » faisait partie du fief de Montivilliers. Sur les coteaux de la campagne, la vigne poussait, comme sur toutes les collines qui bordaient la Seine, et les Cauchois buvaient…du vin. Le village prend vraiment forme avec l’arrivée de  moines venus défricher cette vallée.

Pour les besoins des offices, vers les années 1066, le clocher et le chœur d’une « grande église » sortent d’une butte sur laquelle s’élevait, pense-t-on, un ancien temple dédié à Jupiter.

Eglise romane, fermes aux cheminées armoriées, puits millénaires, témoignent d’une histoire datant des grandes invasions vikings… Ainsi, au hameau du « Mouchy », subsistent les restes d’une vieille demeure possédant un puits, dont la margelle sculptée (maintenant vendue) portait la date de 1013. En se penchant au-dessus du puits on entendrait les cloches de Montivilliers. Dans ce puits, les abbesses de Montivilliers auraient dissimulé leur trésor après la conquête d’Harfleur par les Anglais.

Ce puits serait aussi le carrefour des souterrains venant de l’Abbaye de Montivilliers, du Manoir de Rolleville et du Château des Hellandes, que les anglais appelèrent « hell Land » (lieu des enfers)… Bruits des armes, cris des soldats, hennissements des chevaux couvrent la plaine alentour lors des affrontements entre Anglais et Français durant la guerre de 100 ans (1337-1453). Le Seigneur des Hellandes étant resté fidèle au Roi de France, ses biens lui furent rendus après la reconquête. Le cidre fut la boisson importée par les anglais durant ce conflit.

Tout cela ne va pas sans quelques légendes, puisque les archives ont été détruites en 1562 lors d’une guerre, celle « des religions »…

Au temps de la Révolution, le 12 janvier 1793, le Conseil Municipal élit « l’Agent National » Lebahy, sorte de commissaire de la République… Le 24 janvier, la Paroisse est dépossédée de ses objets sacrés et de ses biens, les 3 cloches descendues et envoyées à Harfleur dans une fonderie de canons. La clef de l’église est déposée chez le citoyen Charles Le Boulanger qui obtient l’autorisation d’y ouvrir une école.

Durant cette époque, tout étranger au district n’ayant pas son extrait de baptême était arrêté.

Le gibet était installé dans la ferme face à l’église et dominait la cavée. En sortant du village, le « Chemin des Impériaux » garde sans doute le souvenir du passage des troupes de Napoléon.

Pendant la guerre 1914-1918, un hôpital belge est installé au château des Hellandes. Les morts sont enterrés au cimetière communal.

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En 1942, le château devient hôtel restaurant; de nombreux dignitaires allemands y séjourneront, entre autres, le Maréchal Rommel.

Dans les années d’après guerre Manéglise devient un but de promenade champêtre. On y vient du Havre, en famille, pour goûter les spécialités normandes.

Pendant les années 70, le village évolue grâce à la construction du lotissement « les Hauts de Manéglise » : la population passe de 600 à 1300 habitants aujourd’hui. Le maintien de commerces de proximité,  le rayonnement de la vie associative et la réalisation d’une salle de sports en 2008 suivie d’un lotissement « Les Hauts du Vallon » en 2009 témoignent du dynamisme de notre commune et renforcent l’attrait de cette « banlieue » du Havre, encore verdoyante et paisible.

…ET SON EGLISE SAINT-GERMAIN-L’AUXERROIS

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Pendant la première moitié du XIème siècle, les Giffard (descendants d’Osbern, compagnon de Rolland) occupent le fief d’une quinzaine de kilomètres de diamètre autour de Montivilliers, comprenant une trentaine de paroisses dont Manéglise.

Après l’installation des Giffard à Longueville (1055), leur prieuré de Sainte-Foy étend sa juridiction sur vingt-sept paroisses parmi lesquelles on retrouve Manéglise. A partir de cette époque est décidée la construction du chœur et du clocher de l’église actuelle.

Au XIIème siècle, commence la reconstruction d’une nef avec son décor de chapiteaux très particuliers, caractéristiques de la sculpture romane normande.

Au XVIème siècle, s’adjoint  une grande chapelle de style gothique au sud du clocher et du sanctuaire. L’édification est attestée par une inscription datée de 1553.

En 1988,  la toiture de l’église est restaurée dans ses proportions et éclairages d’origine. Lors de travaux récents, de remarquables fresques murales polychromes du XIème et XIIème siècle d’un grand intérêt pictural ont été découvertes dans le chœur ; d’autres datant du XIVème siècle ont été mises à jour dans la nef. Grâce à une réintégration picturale qui consiste à restaurer les couleurs, dix personnages sur le mur nord et un calendrier médiéval sur le mur sud se révèlent dans leur splendeur originelle sur les 22 arcatures de la nef. En 2006, la création du parvis  et l’aménagement d’une promenade paysagère mettent en valeur l’ensemble du site.

LE MYSTÈRE DU CRUCIFIX SANGLANT

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1660… L’hiver terrible, chaque jour, fait mourir les quelques vaches que possède le Père Vatinel sur les hauts de Manéglise… Bientôt, ce sera la ruine. Que faire ? Un soir, à l’orée d’un bois enveloppé de brume, une ombre encapuchonnée se campe devant lui : « Père Vatinel, il faut s’adresser à la Bonne Vierge ! Tu sais qu’elle ne refuse rien à qui demande sa confiance… Mais,…il faut aller la voir… » Le Maître fronce les sourcils ;  le seul pèlerinage connu alors se trouve à Liesse, près de Laon ; 15 jours de marche pour y arriver… Pourtant, il décide de s’y rendre.

Vatinel se retrouve maintenant seul sur la route de Notre-Dame-de-Liesse… Sa sérénité se change en angoisse aux histoires terribles que se disent, le soir, les autres pèlerins rencontrés, allongés sur les dalles froides des églises d’étapes. Entre les assauts des loups ou des ours, les guides bastonnant les pèlerins pour les voler, les gués tumultueux, Vatinel regrette la quiétude de son village. En lui-même, il se jure d’élever un calvaire au milieu de ses champs s’il revient vivant  de l’aventure. Encore dans sa pieuse pensée, il voit surgir la chapelle de Liesse.

Sur la place de l’église, amuseurs publics, monteurs d’ours sollicitent les badauds. Il ne s’y arrête pas et pénètre dans la chapelle où tous les Rois de France sont venus s’agenouiller. Avec ferveur, il expose ses demandes à la Vierge couronnée… Afin de prouver qu’il est bien allé jusqu’au bout du pèlerinage, il achète une statuette qu’il déposera dans l’église (elle y est encore) et prend le chemin du retour.

A la ferme, il constate que sa prière a été entendue. Les bêtes ont repris du poids !…  Si le désarroi, la misère, la souffrance ramènent à Dieu, la prospérité fait parfois s’en éloigner et Maître Vatinel, à l’aise dans ses affaires, oublie son vœu de construction d’un calvaire… Quelques temps après, il laboure son champ avec deux chevaux dont la vigueur a été retrouvée. Tout à coup, la charrue se bloque… Les chaînes d’attelage se tendent… Les chevaux se cabrent… la charrue n’avance plus…Vatinel en soulage le soc et médusé, voit surgir de la terre un crucifix. Il ressemble à ceux que portent les moines à leur ceinture… Intrigué, il l’examine… A l’endroit du choc entre le fer et le genou du Christ, une goutte de sang perle… Le Père Vatinel, au bord de la défaillance, relève la tête. L’ombre encapuchonnée du début de son aventure se tient là…  « N’aurais-tu rien oublié Maître Vatinel ?» … Et défile devant les yeux du paysan son pèlerinage à Liesse, et résonne dans ses oreilles la promesse oubliée.

Revenu de son vertige, serrant contre lui la précieuse relique, ému et bouleversé, le Maître rentre chez lui… Il appelle maçons et charpentiers…

Ainsi à Manéglise, au lieu dit « le Calvaire », au milieu des terres, se dresse une grande Croix.

On dit que, là d’où est sorti le crucifix sanglant, rien ne pousse…

 

Un focus sur l’histoire de Manéglise sur le site de Montivilliers Hier, Aujourd’hui, Demain : Article Manéglise

 

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