Le calvaire


LE MYSTERE DU CRUCIFIX SANGLANT

1660… L’hiver terrible, chaque jour, fait mourir les quelques vaches que possède le Père Vatinel sur les hauts de Manéglise… Bientôt, ce sera la ruine. Que faire ? Un soir, à l’orée d’un bois enveloppé de brume, une ombre encapuchonnée se campe devant lui : « Père Vatinel, il faut s’adresser à la Bonne Vierge ! Tu sais qu’elle ne refuse rien à qui demande sa confiance… Mais,…il faut aller la voir… » Le Maître fronce les sourcils ;  le seul pèlerinage connu alors se trouve à Liesse, près de Laon ; 15 jours de marche pour y arriver… Pourtant, il décide de s’y rendre.

Vatinel se retrouve maintenant seul sur la route de Notre-Dame-de-Liesse… Sa sérénité se change en angoisse aux histoires terribles que se disent, le soir, les autres pèlerins rencontrés, allongés sur les dalles froides des églises d’étapes. Entre les assauts des loups ou des ours, les guides bastonnant les pèlerins pour les voler, les gués tumultueux, Vatinel regrette la quiétude de son village. En lui-même, il se jure d’élever un calvaire au milieu de ses champs s’il revient vivant  de l’aventure. Encore dans sa pieuse pensée, il voit surgir la chapelle de Liesse.

Sur la place de l’église, amuseurs publics, monteurs d’ours sollicitent les badauds. Il ne s’y arrête pas et pénètre dans la chapelle où tous les Rois de France sont venus s’agenouiller. Avec ferveur, il expose ses demandes à la Vierge couronnée… Afin de prouver qu’il est bien allé jusqu’au bout du pèlerinage, il achète une statuette qu’il déposera dans l’église (elle y est encore) et prend le chemin du retour.

A la ferme, il constate que sa prière a été entendue. Les bêtes ont repris du poids !…  Si le désarroi, la misère, la souffrance ramènent à Dieu, la prospérité fait parfois s’en éloigner et Maître Vatinel, à l’aise dans ses affaires, oublie son vœu de construction d’un calvaire… Quelques temps après, il laboure son champ avec deux chevaux dont la vigueur a été retrouvée. Tout à coup, la charrue se bloque… Les chaînes d’attelage se tendent… Les chevaux se cabrent… la charrue n’avance plus…Vatinel en soulage le soc et médusé, voit surgir de la terre un crucifix. Il ressemble à ceux que portent les moines à leur ceinture… Intrigué, il l’examine… A l’endroit du choc entre le fer et le genou du Christ, une goutte de sang perle… Le Père Vatinel, au bord de la défaillance, relève la tête. L’ombre encapuchonnée du début de son aventure se tient là…  « N’aurais-tu rien oublié Maître Vatinel ?» … Et défile devant les yeux du paysan son pèlerinage à Liesse, et résonne dans ses oreilles la promesse oubliée.

Revenu de son vertige, serrant contre lui la précieuse relique, ému et bouleversé, le Maître rentre chez lui… Il appelle maçons et charpentiers…

Ainsi à Manéglise, au lieu dit « le Calvaire », au milieu des terres, se dresse une grande Croix.

On dit que, là d’où est sorti le crucifix sanglant, rien ne pousse…

D’après le texte de Jean-Michel Reignier.

La croix en bois du calvaire a été remplacée par les agents communaux en novembre 2018, en même temps que la rénovation du Christ. La légende peut ainsi perdurer pour de nombreuses années…

 

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